Ma Mère ne répond pas
Aujourd’hui j’ai appelé ma mère au telephone. Elle ne m’a pas répondu ! Elle devait être occupée à autre chose de plus important.
Lorsqu’un de ses fils ou sa fille le faisaient autrefois, elle laissait tout tomber pour écouter la voix de l’enfant chéri, pour avoir des nouvelles de chacun de nous pour se sentir soutenue et protégée par notre force et notre amour, pour nous rassurer, nous bénir, nous complimenter, le rabrouer aussi si besoin !
Mon cœur s’est serré très fort et j’ai compris aujourd’hui pour la première fois, après huit ans d’absence, que je ne lui parlerai plus, que je ne la verrais plus.
J’aurais beau évoquer sa voix, ses gestes, ses yeux, son visage tout entier, de l’imaginer en train de rire, de parler, de raconter ses histoires à sa manière si vivante, si singulière et tellement drôle, je ne la reverrais plus.
Je ne pourrais plus lui dire ni mes petits ni mes grands chagrins, ni mes tourments ni mes joies, ni mon amour ni ma tendresse non plus. Ni surtout mon besoin d’elle !
Car elle savait écouter, prendre le temps de la réflexion et me conseiller sagement et même quelquefois fermement.
Elle seule avait ce pouvoir.
Elle seule savait le faire de cette façon-là.
Tout me manque d’elle : Le goût de sa cuisine, sa présence formidable, elle, le ciment de la famille, elle : la famille, sa façon d’être et de se conduire : intègre et authentique en tout ! Sans artifices, sans prétentions, sans humilité non plus : elle, envers et contre tout ! N’ayant peur de rien ni de personne sinon de Dieu qu’elle considérait et qu’elle respectait comme quelqu’un de bien et d’honorable !
Nous pensions, car elle nous le faisait croire dur comme fer, que nous nous aimions, que nous ne pourrions jamais nous passer l’un de l’autre, que nous resterions, mes frères et moi, unis quoi qu’il arrive, quelles que soient les circonstances, quels que soient les distances entre l’un et l’autre et les voyages de l’un ou de l’autre.
Que ce qu’elle avait crée à force de plats savamment cuisinés, de fêtes, de lumières, d’anniversaires, de réunions hebdomadaires et plus, d’amour et de tendresse aussi, résisterait au temps et à son absence.
Elle comptait sur moi ou sur l’un ou l’autre de ses fils pour le faire. Elle avait confiance en nous ! En certains d’entre nous en tous cas !Elle s’était trompé comme se trompe souvent les mères de ce coté la.
Personne n’est plus là pour faire disparaitre la distance, pour effacer les malentendus, pour panser les petites et les grandes blessures comme elle savait si bien le faire.
La mère, ce personnage si formidable et si présent toute notre vie durant, jusqu’à la mort, notre mort !
C´était une personnalité ou plus exactement un personnage. Il émanait d’elle malgré sa taille relativement petite, une autorité et une assurance guidée par sa moralité impeccable et sa dignité sublime de femme pure dans tous les sens du terme.
Je la pleure aujourd’hui plus qu’au moment de son départ définitif. Je ne me rendais pas compte à ce point de ce que l’absence peut faire ou défaire.
Je me retourne et je ne vois que des images heureuses de nous, des photos de bar mitzva, de mariages, d’anniversaires, de fêtes de rires, de chansons ou elle organisait tout naturellement comme s’il était naturel de faire à diner pour dix ou cent personnes comme ça sur le pouce.
Des photos de plage au temps heureux ou notre père était encore en vie.
Des souvenirs de voyages à Monaco, à Jérusalem, à Paris
A Rome ou un retour nostalgique à Casablanca.
Comme si la vie, la jolie vie, filtrait et gardait avec intelligence et finesse les moments de bonheur et laissait échapper les moments de tristesse, de pleurs et de malheur !
Je ne savais pas qu’elle me manquerait à ce point là, comme un premier amour, le seul, le vrai, celui qui a vraiment compté pour nos cœurs vierges et purs.
Elle est partie, radieuse, sans souffrir mais c’est nous qui souffrons aujourd’hui et c’est nous qui l’appelons au secours pour nous rendre, juste encore une fois, une ultime fois un peu de notre innocence, un peu de notre candeur, un peu de notre enfance, un peu de notre jeunesse, un peu de notre insouciance.
Et toi Maman comment va tu ?
On te traite bien là où tu es ?
As tu des amis ?
Je suis sûr que tu dois les faire rire !
Toi qui parlais à Dieu tous les jours, t’écoute t-il a présent que tu es si près de lui ?
De ton vivant tu ouvrais grande les fenêtres qu’il pleuve ou qu’il vente et tu lui parlais comme à un ami, comme à un frère, comme à un père. Tu n’avais pas peur de « Lui », tu plaisantais avec «Lui», tu Lui racontais tout comme au meilleur de tes confidents, a ton amie la plus intime et tu croyais si fort en « Lui » qu’il est impossible qu’il n’existât pas, qu’il ne soit pas là en chair et en os et qu’il t’attende de pied ferme pour écouter tes dernières anecdotes !
Peux-tu le faire intervenir en notre faveur ? Qu’il nous donne la grâce, la patience, la sérénité, la réussite, la santé et des millions et des millions de dollars !!!
Qu’il fasse cesser les guerres si terribles et si inutiles ?
Qu’il fasse que la paix règne une fois pour toutes sans ce désordre épouvantable qu’on appelle la vie ?
As tu ce pouvoir ?
A-t-il se pouvoir ? Cette volonté devrais-je dire !
Ou bien a t il délégué à l’homme et à la femme tout pouvoir de décision et « Lui » reste simple spectateur de notre univers, de notre humanité déshumanisée, écartelée, décomposée ? Et si fière et pleine d’elle même !!!
As tu des compagnons ? Des amis ? Des amies ?
Chante-tu parfois ? Est ce que tu célèbres les fêtes juives comme ici sur terre toi qui aimait tellement cela ?
Existe-t-il vraiment des harpes et des violons et des grands rabbins a barbe blanche qui vous surveillent comme un troupeau de moutons sur de beaux nuages blancs ?
Je me le demande.
As tu pu voir Papa ? Tes parents ? Tes frères ? Et ta fille Jacqueline âgée de 4 ans que tu as perdu si jeune et que tu as pleuré toute ta vie durant. L’as tu enfin retrouvée ?
Son prénom est la dernière parole que tu as prononcé avant de partir vers l’autre monde auquel tu croyais si fort.
Je pense sincèrement qu’a la fin tu avais vraiment hâte de la retrouver.
Et nous ?
T’es tu demandé ce que nous allions devenir sans toi ?
Tu as lâché tous tes enfants pour elle que tu as toujours aimé plus que nous tous, parce qu’elle avait disparu trop tôt, beaucoup trop tôt sans que tu profites d’elle, de sa beauté légendaire, de son intelligence hors du commun, de son charme et de sa sympathie.
Ainsi de ceux qui partent !
La mort est une chose bien égoïste au fond !
Fini les problèmes, les soucis, salut la compagnie, au revoir et merci !
Voici huit ans que tu es partie et je pense à toi tous les jours, que je pleure ton absence et évoque ta belle présence si pleine et joyeuse.
Peux tu revenir ici juste pour quelque temps ? Juste pour te serrer dans mes bras et te dire que je t’aime une dernière fois ?
Aujourd’hui j’ai appelé ma mère, elle ne m’a pas répondu !
Bob Oré Abitbol April 2016